jeudi 10 décembre 2020

Le coût de la vie de Deborah Levy

Un divorce forcément douloureux, une grande maison victorienne troquée contre un appartement en haut d'une colline dans le nord de Londres, deux filles à élever et des factures qui s'accumulent... Deborah Levy a cinquante ans quand elle décide de tout reconstruire, avec pour tout bagage, un vélo électrique et une plume d'écrivain. L'occasion pour elle de revenir sur le drame pourtant banal d'une femme qui s'est jetée à corps perdu dans la quête du foyer parfait, un univers qui s'est révélé répondre aux besoins de tous sauf d'elle-même. Cette histoire ne lui appartient pas à elle seule, c'est l'histoire de chaque femme confrontée à l'impasse d'une existence gouvernée par les normes et la violence sournoise de la société, en somme de toute femme en quête d'une vie à soi. 
Le Coût de la vie tente de répondre à cette question : que cela signifie-t-il pour une femme de vivre avec des valeurs, avec sens, avec liberté, avec plaisir, avec désir ? La liberté n'est jamais gratuite et quiconque a dû se battre pour être libre en connaît le coût. Marguerite Duras nous dit qu'une écrivaine doit être plus forte que ce qu'elle écrit. Deborah Levy offre en partage cette expérience.  

Ah, Une chambre à soi... Le coût de la vie est l'autobiographie enlevée d'une écrivaine, femme de 50 ans finalement assez conventionnelle, qui quitte son foyer et s'envole vers une nouvelle vie.

Editions du sous-sol 2020

vendredi 20 novembre 2020

L'anomalie de Hervé Le Tellier

Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension."
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris - New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’Anomalie explore cette part de nous-même qui nous échappe.

Avec une galerie de personnages bien agencée et une construction impeccable, Hervé Le Tellier nous livre un roman intelligent et divertissant. Ce n'est pas si courant.

Gallimard, 2020

mercredi 14 octobre 2020

La laveuse de mort de Sara Omar

Irak 1986. Lorsque la frêle Frmesk vient au monde, elle n'est pas la bienvenue aux yeux de son père. Ce n'est qu'une fille. De plus, son crâne chauve de nourrisson porte une petite tache de cheveux blancs. Est-ce un signe d'Allah ? Est-elle bénie ou maudite ?
La mère de Frmesk craint pour la vie de sa fille. Quand son mari menace de l'enterrer vivante, elle ne voit d'autre solution que de la confier à ses propres parents.
Gawhar, la grand-mère maternelle de Frmesk, est laveuse de mort. Elle s'occupe du corps des femmes que personne ne réclame, ne veut toucher ni enterrer : des femmes assassinées dans le déshonneur et la honte. Son grand-père est un colonel à la retraite qui, contrairement à sa femme, ne lit pas uniquement le Coran mais possède une riche bibliothèque. Ce foyer bienveillant ne parviendra qu'un temps à protéger Frmesk des inexorables menaces physiques et psychologiques qui se resserrent sur elle, dans un pays frappé parla guerre, le génocide et la haine.
La Laveuse de mort est un roman violent sur la vie d'une enfant — puis d'une jeune femme — exposée à l'extrême. 

L'autrice est née en Irak en 1986. À 10 ans, elle passe par un camps de réfugiés avant de s'installer au Danemark où elle recevra des menaces de mort lors de la publication de ce livre en 2017.  Elle connaît parfaitement son sujet. Le roman raconte crûment les tortures et les féminicides imposés par une religion et des traditions patriarcales. Lecture dure mais indispensable.
 

Acte Sud, 2020, traduction de Frédéric Fourreau.

samedi 29 août 2020

Sale bourge de Nicolas Rodier

Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. Pierre a frappé, lui aussi, comme il a été frappé, enfant.
Pierre n’a donc pas échappé à sa « bonne éducation » : élevé à Versailles, il est le fils aîné d’une famille nombreuse où la certitude d’être au-dessus des autres et toujours dans son bon droit autorise toutes les violences, physiques comme symboliques. Pierre avait pourtant essayé, lui qu’on jugeait trop sensible, trop velléitaire, si peu « famille », de résister aux mots d’ordre et aux coups. Comment en est-il arrivé là ?
C’est en replongeant dans son enfance et son adolescence qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est joué, intimement et socialement, dans cette famille de « privilégiés ».

Dans ce premier roman, Nicolas Rodier s'interroge et nous interroge sur le fonctionnement de la répétition. Un enfant maltraité ne maltraitera pas forcément, mais deux maltraitants sur trois ont été maltraités. 

Flammarion, 2020.

Les Déviantes de Capucine Delattre

"Elle sera devenue une trouble-fête, une anomalie. Mais peu lui importera. Elle aura retrouvé autre chose. Le goût des saccages."

Le monde d’Anastasia s’est effondré.
À 29 ans, elle avait l’argent, la stabilité, le prestige. Hier encore, elle exerçait de hautes fonctions dans une grande entreprise. Une conquérante, Anastasia. Toujours en avance sur le reste de son monde. Même pour son cancer du sein. Pour la première fois de sa vie, la voilà limitée. Pourtant, la maladie n’est pas le sujet de son histoire. Plutôt un point de départ, un détonateur. Un accélérateur. Un catalyseur.
Anastasia devient une déviante, celle par qui tout commence, capable d’entraîner dans son sillage deux autres déviantes en germe, Iris et Lolita. Ensemble, elles vont prendre goût au saccage de leur courte existence et s’autoriser à déployer leurs rêves.
À elles trois, elles incarnent une jeunesse qui refuse de se laisser abîmer, une vocation en marche, et surtout, la possibilité de nouvelles trajectoires.

Premier roman de Capucine Delattre, 19 ans, qui nous entraînent dans le quotidien de trois jeunes femmes qui ne reculerons devant rien pour donner corps à leurs rêves. 

Belfond 2020



vendredi 21 août 2020

Les Bukoliques de Cédric Meletta

Un écrivain, ça devrait toujours ressembler à un vieux dégueulasse fornicateur, un poète à la marge, un conteur avec un style cru et un art de la rafale certain, un amoureux des femmes, des courses de chevaux et de musique classique, un fêlé génial ayant pour credo : boire, baiser, boxer, sans ménagement.
Pour Cédric Meletta, un écrivain devrait toujours ressembler à Charles Bukowski.

« Pas une pastorale à l’antique, plutôt le dernier baroud transposé de Buko l’alcoolo, plus vigile que Virgile, plus con saoul que consul, plus latrines que latine. La poésie, s’entend. Chez Hank’, le mot « faune » s’écrit toujours au féminin. Un book posé sur quatre sous-bocks fait d’une longue liste de boucs émissaires. Histoire de marquer le coup. Pour de bon. D’ailleurs, avec les grands poètes, il faut toujours marquer le coup, rien que pour le souvenir de tous ceux qu’ils ont portés"

Pour le centenaire de sa naissance, Cédric Meletta livre une biographie... à la Bukowski!

Les Editions du Rocher, 2020. 




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mercredi 8 juillet 2020

Francis Rissin de Martin Mongin

 

Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. 

Premier roman remarquable, véritable coup de coeur. Intelligent, jouissif, créatif et drôle.

Tusitala 2019